Revue des deux mondes octobre 2026 – Indispensable Philippe Murray

Posted by

« L’avenir est à la guerre constante de la tolérance contre la tolérance et de la liberté d’expression contre la liberté de penser. Autrement dit du moderne contre le moderne, et nullement de la conservation contre la novation. »

Un numéro extraordinaire ! Il ne faut que deux ou trois pages du bel éditorial d’Aurélie Julia pour mesurer la malheureuse béance intellectuelle entre la revue Esprit et la Revue des deux mondes. La première perdant ses repères par l’irruption de l’amer réel dans ses abstractions abstruses et l’autre solidement attachée décrire le beau et le vrai. Et sa proposition de lecture de l’écrivain et essayiste Philippe Murray (1945-2006) est salvatrice pour l’honnête homme.

« Je lui reprochais, surtout d’exagérer les choses, de n’envisager toujours que le pire, de peindre perpétuellement le monde en noir. Malheureusement, les deux décennies qui ont suivi sa mort lui ont donné raison. » Anne Sefrioui, Dans l’intimité, propos recueillis par Aurélie Julia, Revue des deux mondes, octobre 2026, page 10. Anne Sefrioui est l’épouse et compagne de Philippe Muray.

« Muray excelle, à déceler, derrière les innovations, les modes et les courants de pensée, les mouvements de fond appelésà transformer nos manières de vivre. Il a cette fine lecture du monde qui lui permet d’exposer au grand jour la bêtise sous-jacente aux enthousiasmes ambiants. La société, qui se prétend libérée, libertaire et affranchie, des anciens jougs, ne cesse, à ses yeux, de fabriquer d’autres conformismes. À lui d’en décrypter les ressorts et d’en dénoncer les illusions. Cette ambition rejoint celle de Balzac, l’une de ses figures tutélaires, qui a assigné à la littérature la mission de représenter le réel et de dévoiler les forces souterraines qui le façonnent. » Éditorial, Joyeuses colères de Aurélie Julia, Revue des deux mondes, octobre 2026, page 5

« Ce que, pour sa part, Muray a vu des impostures qu’ils l’ont décidé à s’en faire, le chroniqueur aussi pointilleux qu’impitoyable, à l’exemple de Léon Bloy, c’est l’agonie d’une civilisation qui chante la vie alors qu’elle se suicide. À l’oreille, les pathétiques rappels à la civilité ou au « vivre-ensemble », entraînés par la disparation du savoir-vivre, ont le timbre d’un glas. Depuis qu’au crépuscule du XXe siècle, un pas a été franchi avec le pullulement des oxymores, le roulement des slogans creux et de l’invocation des « valeurs », sous le sac et le ressac du discours entonné pour racheter le fait qu’on a foi en rien, la réalité, la amère réalité, et, avec elle, la mémoire du passé ont cessé d’être les référents. Le réel résiste ? Il n’y a plus qu’à l’abolir, qu’à polir ce qui reste de contradictoire, de négatif et de tranchant. Pas question d’être « dur au mal ». » Philippe Delaroche, Circulez, il n’y a rien à croire, Revue des deux mondes, octobre 2026, page 20

Quelques citations

« Pourquoi le socialisme est-il en crise ? Parce qu’il ne parvient pas à se réaliser. Quand n’est-il pas en crise ? Quand le socialisme devient réel. Que devient le socialisme quand il devient réel ? Il devient fasciste donc si le fascisme est le produit de la crise du socialisme, il est aussi l’horizon de cette fin de crise. » Philippe Murray, Ultima Necat I, Journal intime 1978 – 1985, Les Belles Lettres 2015, page 263.

« L’avenir est à la guerre constante de la tolérance contre la tolérance et de la liberté d’expression contre la liberté de penser. Autrement dit du moderne contre le moderne, et nullement de la conservation contre la novation. » Philippe Murray, Exorcisme spirituel IV, Les Belles Lettres, 2005, page 386

« Bien que la liberté d’expression constitue une victoire importante dans la lutte contre les anciens contrôles, l’homme moderne est dans une position où la plus grande partie de ce qu’il pense et dit est pensé et dit par tout le monde ; nous oublions qu’il n’a pas acquis la capacité de penser de manière originale – c’est-à-dire par lui-même – qui seule donne du sens à sa prétention de ne laisser personne interférer avec l’expression de ses pensées […] Nous négligeons le rôle des autorités anonymes comme l’opinion publique et le sens commun, qui sont très puissants du fait de notre empressement à nous conformer aux attentes des autres et à notre profonde crainte d’être différent. » Erich Fromm, La peur de la liberté, 1941, Les Belles Lettres, 2021

L’article sera probablement complété au fur et à mesure de la lecture de ce numéro

Lectori salutem, Pikkendorff

Inscrivez-vous pour recevoir une notification mensuelle des dernières chroniques !

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *