Jean-Luc Marion – Entretien avec Franz-Olivier Giesbert in Revue des deux mondes

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« Le nihilisme consiste, entre autres, à dire que Dieu n’est qu’une valeur et qu’il ne tient (ou non) que parce qu’il est affirmé (ou nié) par les humains. À la fin, ce dieu devient à l’image de celui qui croit en lui. Donc, si dieu n’est pas Dieu, ce dieu est mort. »

« Oui, le christianisme se porte bien ! », un entretien passionnant où se rejoignent pour le plaisir de l’honnête homme le fond et la forme. Le philosophe « qui essaie d’être catholique », cet inconnu du grand public et l’un de nos plus grands intellectuels, l’ami de Levinas et collaborateur de Jean-Marie Lustiger, cet « esprit libre s’affranchissant volontiers des interdits ou des idées toutes faites » comme l’écrit Olivier Giesbert, offre en guise de prolégomènes à son œuvre de riches réflexions à méditer sur notre temps.

Bibliographie de Jean-Luc Marion

Les gens qui sont chrétiens aujourd’hui le sont vraiment, plus sincèrement, et cela ne relève pas de conformisme social.

Entretien avec Jean-Luc Marion.  » Oui, le christianisme se porte bien ! « 

Entretien Jean-Luc Marion nous invite à constater qu’à l’échelle du monde le catholicisme est plus puissant qu’il ne l’a jamais été.

https://www.revuedesdeuxmondes.fr/entretien-jean-luc-marion-franz-olivier-giesbert-christianisme/

Lisez la Revue des deux mondes : une des plus anciennes revues de la vie intellectuelle française

Il y a sur la planète plus de catholiques, d’évêques et de prêtres qu’il n’y en a jamais eu. C’est une sorte de colonialisme intellectuel qui nous conduit à un pessimisme qui n’est pas du tout justifié quand on sort de notre périmètre. Si l’on prend de la hauteur, il est clair que le christianisme se décentre, se renforce et se mondialise.

Prenez les exemples de Charles de Foucauld ou de Thérèse de Lisieux. Pourquoi sont-ils connus ? Quelles furent leurs victoires sur les autres, au sens où le monde et conçoit ? Les critères de réussite des catholiques sont, on le voit, absolument opposés à ce du monde. Quand ils réussissent, ce n’est pas nécessairement bon signe pour eux. Et inversement.

Donc, aujourd’hui, comment définir un « un peu vrai chrétien » ? Sans doute quelqu’un qui voudrait bien devenir un peu plus chrétien qu’il n’est encore. Car il sait bien n’être pas chrétien parce qu’il l’a décidé, mais parce qu’il est appelé à l’être : cela change tout.

Extraits de deux questions – réponses

FOG : Selon Nietzsche, le nihilisme doit courir sur deux siècles. En a-t-on encore pour longtemps ?

Jean-Luc Marion : Considérant notre capacité à transformer l’expérience du monde en une fabrique d’objets, grâce à la technique qui repose elle-même sur l’hypothèse que tout est mesurable, il n’y a pas de raison que le nihilisme s’arrête. Ça peut même durer éternellement. Nous sommes les esclaves, prisonniers et aussi acteurs de ce système. Éternel retour, comme disait Nietzsche. D’autant qu’après la mise aux normes du calcul de toute la réalité matérielle. Nous nous attaquons désormais à la mise aux normes du domaine intellectuel. Tout doit être rasé : plus de littérature, plus de philosophie, plus de prière, plus de spiritualité, plus de peinture, plus de musique, sinon objectivées. L’avenir relèvera de la désertification. Quand le rouleau compresseur du progrès passe, plus rien ne doit repousser. Donc nous sommes à la fois devant un délire de puissance et dans un désespoir absolu.

FOG : Vous ne pouvez pas nier que la France ait une crise de foi !

Jean-Luc Marion : Certes, mais qu’est-ce qu’on en sait exactement ? Quels sont les critères qui nous permettent d’évaluer la foi des autres. Le Christ est très clair là-dessus : les croyants et les justes ne sont pas ce que vous imaginez. Il est donc tout à fait invraisemblable que des sociologues prétendent nous dire, sur la base d’enquêtes d’opinion, combien il y a de croyants dans la société française. Apparemment, ils ne savent pas qu’il y a des gens qui vont à la messe mais qui ne croient en rien, et qu’il y a des gens qui ne vont pas à la messe mais qui croit quand même. […] Quand quelqu’un me dit que les églises sont vides à Paris, j’en conclus, simplement qu’il n’y met jamais les pieds.

In Revue des deux mondes, septembre 2023,

Lectori salutem, Pikkendorff

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