David Galula et la théorie de la contre-insurrection – Driss Ghali

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« Le cercle vicieux se referme lorsque l’État et la société accepte disqualifier la méritocratie qui perd toute utilité dans un système qui n’a pas besoin de gens compétents pour fonctionner. La main dans la main, l’administration et la population détruisent leur pays en le privant des élites et des ressources humaines de qualité à même de produire des richesses et du sens. Au bout de quelques années, la capacité d’intervention de l’État et son pouvoir sur le réel serait réduisentsensiblement. » (page 173)

Merci à Driss Ghali de nous proposer un livre documenté et bien écrit, ouvrant à la fois à la vie et à l’oeuvre de David Galula, l’auteur du magistral de traité de sciences-politiques et de stratégie militaire, Counterinsurgency warfare : Theory and Practice.
Paru trois ans avant sa disparition en 1967 ses thèses sur les ressorts des guerres asymétriques n’auront pas eu une Marie von Clausewitz pour les défendre. Elles attendirent 40 ans leur consécration par l’armée américaine et le général Petraeus alors patron des forces US empêtrées dans le chaos irakien entre 2006 et 2007. David Galula est un must read outre-Atlantique et est cité dès la préface du manuel de doctrine contre-insurrectionnelle FM 3-24 écrit en 2006. « Essential though it is, the military action is secondary to the political one, its primary purpose being to afford the political power enough freedom to work safely with the population. » David Galula, Counterinsurgency Warfare, 1964

Le lecteur attentif y découvrira que l’insurrection et la contre-insurrection existent en permanence de manière plus ou moins chaude dans nos sociétés. Il sera peut-être étonné que le Gagner les coeurs de Galula est un remède à beaucoup de leurs maux.

«La guerre moderne est décidément une guerre insurrectionnelle et elle est promise à un avenir radieux tant la capacité des États à garder le contact avec leur population est remise en cause. L’affaiblissement voir l’effondrement de l’administration publique (police, état civil, santé, éducation, etc.) est une maladie du siècle.» (page 172) 

Toutefois, aussi intéressant qu’est le sujet, l’auteur mêle pas trop les thèmes oubliant même d’approfondir celui de la contre-insurrection pour digresser sur l’histoire, passionnante certes, de l’histoire récente de l’Algérie, département devenu un pays, sur le danger du jihadisme et du wahabisme. Dommage il eut pu en approfondissant les ressorts de l’insurrection et de la contre-insurrection montrer qu’ils existent bel et bien là où l’homme est en groupe, en foule…politique, entreprise…

Nonobstant ce regret, le lecteur attentif découvrira que les règles de l’insurrection et de la contre-insurrection s’appliquent sans que les armes parlent. Il se désolera d’autant de l’utilisation du langage guerrier des gouvernants lors du COVID au de la guerre sur le sol ukrainien répondant à la stratégie proprement insurrectionnelle des partis politiques d’extrême gauche en Occident…car « l‘enjeu de la guerre est la population : le contrôle de la population est atteint au travers de la minorité active et le soutien de la population est conditionnel ». (page 85)

  • « La propagande politique ne suffit jamais à obtenir le basculement complet d’une population. Il faut faire peur à la majorité passive qui ne souhaite qu’une seule chose : continuer à vivre et à travailler normalement. C’est là toute l’essence de la guerre révolutionnaire, c’est une guerre dans le sens où le civil devient une arme aux mains de belligérants. » (page 54)

«La contre-insurrection exige beaucoup des farces armées. Sa mise en œuvre implique de revoir profondément la structure de commandement et la manière dont l’information est traitée. Obéir n’est plus suffisant. Il faut laisser aux unités locales le soin de prendre des initiatives et de suggérer des solutions me figurant pas forcément dans le plan global de l’État-Major » (page 141)

Le lecteur qui est arrivé jusqu’ici comprendra derrière cette citation que le « gagner les coeurs » de Galula est tout aussi valable au sein des grandes entreprises privées ou publiques au management trop souvent toxique provoquant le désengagement des personnels, une insurrection silencieuse s’il en est.

Aller plus loin

Editions Complicités, 2019, 204 pages, 17€

Lectori salutem, Pikkendorff

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