Fille de joie – Kiyoko Murata

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« Les prostituées et les geisha, ayant perdu leurs droits personnels, il n’y a pas de différence entre elle et le bétail. On ne saurait attendre d’un animal qu’il rembourse l’argent pour lequel il a été acheté. De la même façon, on ne saurait exiger des prostituées et des geisha, qu’elle rembourse leur dette à l’égard de l’établissement qui les a achetés. »

Avec la délicatesse que l’on connaît de la littérature japonaise, le lecteur imaginera la vie intime des filles de joie dans le quartier réservé de Kumamoto, une maison close de grande réputation, au tournant du siècle dernier lorsque la traite humaine officielle au Japon vit ses derniers jours. Tendresse et violence, innocence et combat. Un extraordinaire livre à dévorer.

« Vous ne devait pas faire tout ce que veulent les clients. Eux, ils ont envie de recommencer plusieurs fois, d’en avoir plus pour ce qu’ils ont payé. Si vous l’acceptez, vous vous abîmerez et vous vivrez moins longtemps. »

Le roman se déroule sur la fin de l’Ère Meiji 1868-1912) marquant l’entrée sur la scène internationale du Japon. Kojika,15 ans, débarque de son île natale, vendue par son père, un paysan endetté, pour une période de servitude de 10 ans, à une maison close, elle y suivra les cours de l’école féminine pour les prostituées et ceux de l’école de techniques sexuelles. Elle y fréquente des filles instruites et éduquées de samouraïs de rang inférieur du shogunat Tokugawa plongés dans le désarroi par la Restauration Meiji. Kojika est prise sous l’aile de la belle et très chère Melle Shinonome, une oïran (花魁, « premières fleurs »), courtisane de de haut rang mais prostituée tout de même. Comme une petite souris, le lecteur participera à la vie intime des filles jusqu’à ce que les temps changent …

Citations

« Vous ne devait pas faire tout ce que veulent les clients. Eux, ils ont envie de recommencer plusieurs fois, d’en avoir plus pour ce qu’ils ont payé. Si vous l’acceptez, vous vous abîmerez et vous vivrez moins longtemps. » ( page 109)

« Mlle Shinonome lui expliqué qu’il faut bloquer le flux menstruel en contractant le vagin pour l’empêcher de couler, afin de s’en débarrasser aux toiletteau bon moment. Selon elle, toutes les femmes le savent. » (page 128)

« Les prostituées et les geisha, ayant perdu leurs droits personnels, il n’y a pas de différence entre elle et le bétail. On ne saurait attendre d’un animal qu’il rembourse l’argent pour lequel il a été acheté. De la même façon, on ne saurait exiger des prostituées et des geisha, qu’elle rembourse leur dette à l’égard de l’établissement qui les a achetés. » (page 179)

« Certaines avait le teint foncé, d‘autres clair, et même blafard, ce qui indiquait une condition chétive. Elles étaient toutes différentes, et seulleur infortune les réunissait. «  (page 191)

« Je m’évaderais de cette prison du désir bestial. J’en suis certaine. Je fuirai cette geôle de la débauche. Dorénavant, ce sera mon but dans la vie. » (page 203)

« Mais l’établissement rédigeait souvent de nombreuses reconnaissances de dette sans en informer préalablement ses pensionnaires. Les parents étaient libres de vendre leurs enfants comme ils l’entendaient, leur signature suffisait.
Les fin
s d’année étaient difficiles pour les pêcheurs et les paysans. Ils s’en sortaient grâce au corps de leurs filles. Certains choisissaient de leur expliquer leurs difficultés, d’autres venaient contracter une dette additionnelle et repartaient furtivement comme des voleurs. » (page 220)

Aller plus loin

Remercions la traductrice, Madame Sophie Refle qui a su si bien servir le texte pour en faire un cadeau des yeux et de l’âme en langue française (pour Acte sud en 2017

Titre original : Yūjokō, chez Kiyoko Murata, 2013

Babel, 2024, 272 pages, 8,70€

Lectori salutem, Pikkendorff

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