
« C’est pourquoi certains seigneurs ne font plus tirer la charrue par les bêtes, les hommes sont moins chers ! » (page 30)
Belle découverte de la rentrée littéraire que cet auteur roumain du début du siècle dernier racontant avec une langue souple et dure une partie dramatique de l’histoire des roumains, ce peuple latin coupé des autres peuples romans par l’intrusion des Yougoslaves (Slaves du sud, du slavon jug, sud, et slaven, slave).
Ce roman historique narre le soulèvement réel des paysans vivant sous un régime de servage féodal très dur imposé par l’aristocratie foncière hongroise en Transylvanie, alors sous souveraineté de l’Empire des Habsbourg. La révolte, incarnée par Horia (Horea) et ses compagnons, Cloșca et Crișan, survenue entre octobre et décembre 1784, est l’un des soulèvements paysans les plus importants d’Europe de l’Est avant la Révolution française. Nous pouvons y lire certaines des fractures de la société roumaine en Transylvanie, fractures que j’ai constaté lors de mes déplacements à Brasov d’ailleurs.
« Il s’assis sur la terrasse, seul. Il avait l’âme tellement pleine qu’il dut, ce qu’il n’avait plus fait depuis des années, chanter de vieilles chansons dans lesquelles se lamentait et se consolait la tristesse du peuple des Motsi. Sa voix douce, chaleureuse, tremblait longuement dans l’air triste de l’automne et partait au loin comme un appel et un encouragement en se mêlant au bruissement des bois rouillés. » (page 79)
Les Moți (Motsi) sont ce peuple peut-être les anciens DACE, fier et rebelle, vivant dans les montagnes, à l’origine de la révolte de 1784 et de 1848.
Les voyages à la fin du 19ème siècle
« Ils ont ainsi voyagé pendant quatre semaines et quatre jours, le plus souvent à pied, avant d’arriver un vendredi avant le Noël allemand, à Vienne.» (page 18). Il faut compter un bon millier de kilomètres !!!
Aller plus loin
- Les conséquences politiques ne sont pas exposées au sein du roman. Elles semblent faire accroire que le sacrifice de beaucoup permit à l’Empereur Joseph II de remettre au pas la noblesse foncière et d’abolir en 1785 le servage personnel en Transylvanie.
- La population roumaine exclus du jeu politique selon la règle des trois nations privilégiées (la noblesse magyare, les Saxons de Transylvanie et les Sicules), état de fait qui mènera aux explosions révolutionnaires de 1848 menées par Avram Iancu. Lire Histoire de la Transylvanie 1790-1849 par Róbert Hermann
Traducteur de ce roman, Jean-Louis Courriol propose aussi, et presque surtout, une excellente préface introductive à l’oeuvre de Liviu Rebreanu (1885-1944)
Les éditions Eikon à Bucarest qui ont déjà diffusé ION, La Révolte et Braises publie en même temps queNon Lieu le présent roman. Les éditions Non Lieu prévoit de développer la collaboration avec les éditions Eikon pour diffuser les grands textes roumains à l’image de l’édition bilingue roumain-français Hommage au paysan roumain, le discours de réception à l’Académie de Liviu Rebreanu.
Éditions Non Lieu, été 2026, 206 pages, pour un très sage 18€
Lectori salutem, Pikkendorff