
« La volonté de chasser visuellement, l’Église de la sphère publique est ancienne, et les lois de la laïcité de la IIIe République ont achevé ce que la Révolution avait commencé avec les burins pour effacer définitivement les signes religieux. » (page50)
Dense et facile à lire, court et passionnant, en vérité sans polémiquer, Cyrille Gounot offre un substrat intellectuel aux questions toujours actuelles posées par les religions matérialistes face à l’univers spirituel.
L’Église, chargée de manière impérative d’une mission de vérité à remplir en tout temps et toutes circonstances comme le rappelait Benoît XVI dans Carias in veritate, voit cette liberté limitée entravée par des interdictions, voir des persécutions, pour ne la réduire qu’à ses seules activités de Charité. Et si la Charité est une vertu théologale, elle ne s’entend pas séparée de l’Espérance et de la Foi. L’auteur, docteur en droit, examine les menaces sur la libertas ecclesiae, sur l’émancipation du pouvoir spirituel face au pouvoir temporel, sur les limites imposées par les lois de la république à l’Église pour annoncer la nouvelle du salut avec trois types de menaces : l’enseignement de sa morale, l’éducation de ses fidèles et l’expression visible de son existence.
« Qu’aucun laïc n’ait le moindre pouvoir de décider dans l’église ; à lui, l’obligation d’obéir, non l’autorité de commander. » in Décret de Gratien, XIIème siècle

Prenons deux exemples : le premier, polémique à souhait et le second si discret.
L’avortement : L’Église se prononce pour la protection de la vie du début à la fin. L’avortement est, objectivement, la première cause de mortalité dans le monde :73 millions contre 60 toutes autres causes, même si l’OMS ne catégorise pas l’avortement comme un cause de décès. Le 13 novembre 2024 la chaîne d’information CNews fut condamnée à 100 000€ d’amende pour avoir évoqué ce fait dans une infographie. Pourtant le Conseil de l’Europe dans sa résolution 1607 (2008) Réaffirme que « l’avortement ne peut en aucun cas être considéré comme un moyen de planification familial. L’avortement doit être évité autant que possible ». L’Église a-t-elle la liberté d’enseigner sa morale ?
« L’effacement, symbolique symbolique de l’église, touche à la fois le temps (jours férie catho)et l’espace à travers divers sens, la vue (symbole), mais aussi l’ouïe (les cloches) ou l’odorat (encens, bougie). » (page 50)
Un effacement institutionnel : Alors que, comme ses textes fondateurs le prévoit, le président de la république doit nommer au Comité Consultatif National d’Éthique cinq personnalités appartenant aux principales familles philosophique et spirituelle, il n’y a désormais plus d’ecclésiastique. Après l’Église catholique, en 2013, le président Hollande a évincé le pasteur et le rabbin. Les religions matérialistes n’en ont pas fini avec la spiritualité.
Aller plus loin
- Les vertus théologales :Foi, espérance et charité
- Les vertus cardinales : la tempérance, la prudence, la justice et la force d’âme qui constituent, en se conjuguant, les ingrédients de toutes les vertus humaines.
- La Croix de Camargue représente les vertus théologales
- À propos de l’auteur : Cyrille Dounot, docteur en droit, licencié en droit canonique, est agrégé des facultés de droit. Professeur d’histoire du droit à l’Université Clermont Auvergne, il s’intéresse au droit canonique.
Éditions Hora Decima, 2025, 75 pages, 10€
Lectori salutem, Pikkendorff