L’attaque du Calcutta – Darjeeling – Abir Mukherjee

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« Qu’est-ce que je fais là, dans ce pays où les indigènes vous méprisent, où le climat vous rend fou et où l’eau peut vous tuer ? Et pas seulement l’eau, à peu près tout ici paraît fait pour tuer un Anglais : la nourriture, les insectes, le temps. »(page 190)

1919, sous le Raj britannique, dans la chaleur humide, les chemises collant aux corps épuisés, le capitaine Sam Wyndham fraichement débarqué de Londres et le sergent Surrender-Not Banerjee enquêtent dans une Inde en proie à des velléités d’indépendance. Oubliant rapidement la faiblesse du scénario policier, le lecteur prendra beaucoup de plaisir à cette promenade historico-morale dans un espace géographique peu connu des francophones. Il n’est pas étonnant que l’auteur ait pu proposer après ce tout premier roman une suite de quatre autres livres avec les deux personnages principaux bien campés et incarnant la dualité entre l’Angleterre et l’Inde.

Toutefois l’équilibre incarné est déséquilibré puisque le capitaine Wyndham lui-même porte un regard cynique sur l’absurdité du système colonial. Ce choix déséquilibre un sujet complexe offrant une vision quelque peu manichéenne malheureusement habituelle dans la littérature du XXIème siècle. D’ailleurs l’éditeur français comme la traductrice ne sont-ils pas ce qu’on appelle des intellectuels engagés dans l’entreprise de déconstruction et de culpabilité occidentale.

Citations pour un avant-goût

« Tout le secteur se compose de logements délabrés et surpeuplés grouillant d’humanité. Digby a fait une remarque sur le sordide local, mais la vérité c’est qu’il possède une beauté misérable vibrante de vie qui n’est pas s’en rappeler Whitechapel ou Stepney.» (page 19)

« On a parfois l’impression qu’un Sikh sur deux à Calcutta est portier. On peut comprendre pourquoi. Ils sont tellement plus grands que les autochtones bengalis. Tant qu’il y aura des portes à Calcutta, un Sikh sera jamais sans emploi. »(Page 139)

« Les Britanniques ont apporté avec eux de nouvelles idées qui ont mené à une explosion de culture chez les Bengalis. Elle a déclenché ce qu’ils aiment appeler la La Renaissance du Bengale. Au cours du siècle dernier, ce petit pays a produit plus d’artistes, de poètes, de philosophes et de scientifiques que la moitié de l’Europe. C’est du moins ce que vous diraient les Bengalis. » (Page 145)

« – Et comment croyez-vous que 150 000 britanniques tiennent sous leur coupe 300 millions d’indiens ? 
– La supériorité morale. Pour qu’un si petit nombre en 
domine un aussi grand, il faut que les dominants projettent une aura de supériorité sur les dominés. Pas seulement une supériorité physique ou militaire, mais aussi morale. Plus important encore, il faut que de leur côté leurs sujet se croient inférieurs; que c’est pour leur bien qu’ils ont besoin d’être dominés. » (page 186–187)

« Qu’est-ce que je fais là, dans ce pays où les indigènes vous méprisent, où le climat vous rend fou et où l’eau peut vous tuer ? Et pas seulement l’eau, à peu près tout ici paraît fait pour tuer un Anglais : la nourriture, les insectes, le temps. »(page 190)

Du Hoogly, affluent du Gange
« Quand on vient d’un petit pays, il est difficile d’apprécier l’échelle du Hoogly. Même ici, à 80 miles de la mer, il est encore à peu après 10 fois plus large que la Tamise à Londres. Il s’étend jusqu’à l’horizon, grande déchirure brune à travers le paysage. » (page 230)

« Je dois vous présenter des excuses car il n’y aura pas de nouvelles exhortations. Le sang de ceux venus d’outre-mer coulera dans les rues. Ayez l’obligeance de prendre congé de l’Inde. » (page 278)

« Mes péchés font partie de mon karma, et la loi du karma n’autorise pas le pardon. Ces conséquences sont inévitables. »(page 389)

Rappel historique

L’histoire se déroulent en 1919 sous le Raj britannique. Rappelons que le Raj britannique désigne la période de domination coloniale directe de la Couronne britannique sur le sous-continent indien, s’étendant de 1858 à 1947. Le mot Raj provient du sanskrit et signifie « règne » ou « domination ».

Le Raj naît en 1858 à la suite de la révolte des Cipayes (une grande insurrection indienne). Avant cette date, la région était gérée par une entreprise privée : la Compagnies des Indes orientales. Après la révolte, le gouvernement britannique décide de reprendre le contrôle direct. La reine Victoria est alors proclamée Impératrice des Indes en 1876.

Le territoire administré était immense et comprenait L’Inde actuelle, le Pakistan, le Bangladesh et la Birmanie (jusqu’en 1937). Deux modes de gouvernance se distinguaient. Le Vice-roi britannique ouvernait directement l’Inde britannique (Bengale ou la province de Bombay) tandis que des centaines d’états princiers, des royaumes locaux, étaient dirigés par des Maharajas ou des Nawabs) sous le contrôle politique et militaire supérieur de la Couronne. 

Le Raj britannique s’est effondré le 15 août 1947 sous la pression des mouvements indépendantistes (menés notamment par le Mahatma Gandhi et Jawaharlal Nehru). Ce départ a entraîné la Partition des Indes, divisant le territoire en deux États indépendants : l’Inde et le Pakistan.

À propos de l’éditeur et de l’auteur

  • Traduction par Fanchita Gonzalez Batlle (1938 – 2023) pour les éditions Liana Lévi pour son volume comme pour toute la série.
  • Abir Mukherjee, britannique né à Londres en 1974, a grandi en Ecosse. Diplômé de la London School of Economics, il a travaillé dans la Finance avant de proposer des romans pour le plus grand plaisir de ces lecteurs puisqu’il aurait vendu 500 000 volumes tout de même.
  • L’ouvrage a reçu le prix du polar européen en 2020
  • La série avec le capitaine Sam Wyndham & le sergent Surrender-Not Banerjee
  1. L’Attaque du Calcutta-Darjeeling (A Rising Man, 2016)
  2. Les Princes de Sambalpur (A Necessary Evil, 2017)
  3. Avec la permission de Gandhi (Smoke and Ashes, 2018) – Calcutta, 1921
  4. Le Soleil rouge de l’Assam (Death in the East, 2019)
  5. Les Ombres de Bombay (The Shadows of Men, 2021)
  6. Les Bûchers de Calcutta (The Burning Grounds, 2025 en VO / avril 2026 en VF)

Gallimard, Folio, 455 pages, 9,50€

Lectori salutem, Pikkendorff

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