Valentine Goby – l’Île haute

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« Un nid rien qu’à eux où elle accumule, des trésors, des mots, des sensations, des images, c’est pourquoi ce matin-là elle confisque les Drus au monde et les offre d’un bloc à Vincent, à Vincent et à elle, elle a 10 ans, ils sont seuls en haut de la côte, et le paysage n’a été modelé que pour leurs yeux. » (p 117)

Blanc, jaune, vert, quand l’écrivain peint la montagne, les paysages, ses hommes avec des mots ouvrant l’imagination créatrice du lecteur à un temps et un espace qu’il pensait connaître et qu’il découvre émerveillé. Un roman paysage, une ode sensible, une poésie de couleurs et d’odeurs, une quête d’identités, un cri de vie.

« Le froid saisit le garçon à la descente du train. Détoure son corps osseux, les saillances enfouies sous ses vêtements trop larges, l’arête du nez, les phalanges au bout des mitaines. Il se fige sur le quai, sa valise à la main, enveloppé de son souffle. Il perçoit exactement ses contours, la mince frontière qui le sépare du dehors à la jonction de la peau tiède et de la gangue d’air glacial. » (page 1)

Vadim -Vincent, le garçonnet citadin, étique, déraciné à Vallorcine, qui « chaque fois qu’il préfère le patois au français il lui pousse des racines ! ». (page 217), est « constamment le gars au qui n’a pas vu, pas touché, pas entendu, pas gouté, pas senti, pas touché « .

« Vois comme un aveugle. Avec ta peau, tes oreilles, tes narines, tes papilles. Dessine en aveugle. Dessine la douceur de l’herbe, donne-lui une couleur. L’amertume du pissenlit. Le froid de la rivière. L’odeur du fumier. » (page 146)

Les personnages puissants occupent ce roman habité par la délicatesse et la poésie pour en apprécier la beauté et l’âpreté.

  • Blanche, la mère, Albert son mari, Éloi le beau-frère, Martin l’aveugle qui sent, entend, voit et la petite Moinette, dure et tendre.
  • La Haute-Savoie, Chamonix, les Aiguilles rouges, les Drus, le col de Bérard, le col des Montets et Vallorcine, « une demeure fermée comme l’Eden de la famille bannie. »(Charles Nodier)
  • La langue avec les racounets, tussilages, pétasite, murgers, pouty et autres cousses

« Une fois, juste avant qu’on retourne les champs, Louis emmène Vincent cueillir des feuilles au bas de la maison. Du vert aux formes rondes, ou allongées, ou dentelées, achillées, alchémille, oseille, grande berce aux contours aiguisés, aux goûts de citron, d’épinards ou d’asperges. Ils en font une salade sauvage, y jettent une poignée de champignons creusés d’alvéoles que Louis appelle morilles. De la cuisine d’homme, petit. Rien à faire ou presque : un œuf par-dessus et le tour est joué. » (Page 141)

Actes Sud, 2022, 268 pages, 21,50€

Lectori salutem, Pikkendorff

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