« Méfiez-vous des juges, ils ont tué la monarchie. Ils tueront la République. »

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Dans la Revue des deux mondes de septembre 2025, Jacques de Saint Victor nous livre un commentaire de cette phrase que François Mitterand aurait prononcée le 3 mai 1995 lors du dernier Conseil des ministres. Un article dense et précis offrant un recul sur le rôle de la Justice depuis le XIII ème siècle à nos jours au profit des lecteurs curieux.

A noter aussi l’excellent article de l’excellent article Les devoirs de l’avocat de Christian Charrière-Bournazel
« Notre statut d’avocat français ne manque pas de grandeur : il nous rend libres d’arbitrer en conscience entre le droit et la vérité. La liberté qui nous ait laissée d’invoquer parfois la loi au détriment du vrai ou de faire échapper à toute condamnation un coupable avéré connaît deux limites : l’avocat ne peut revendiquer plus de droits pour son client qu’il n’en reconnaît à son adversaire ; il ne peut distordre ou ignorer la vérité s’il en résulte une injustice au détriment d’un autre. 
Le moindre manquement à l’honneur nous transforme en fantômes muets. »

« Méfiez-vous des juges, ils ont tué la monarchie. Ils tueront la République. »

Alors que depuis la fin du Moyen Âge, voire depuis la fin du XIII ème siècle, les juges avaient acquis la mission de conseiller le Roi dans son œuvre législative sous la forme de remontrances, ces prêtres du dehors, ces robes rouges, s’affirmèrent compétents pour s’occuper des affaires de l’ État dans le célèbre arrêt du Parlement de Paris le 13 mai 1648lançant la période dite de la Fronde. 

Dès 1653, Louis XIV (1638 – 1715) reprend la main en supprimant .de facto le droit de remontrance aux parlements. Malheureusement en 1715 la Régence redonne ce droit et Louis XV ( 1710 – 1774 ) ne s’en inquiétera que lors du coup de Majesté en 1771. Mais la modernisation de la justice voulue pas M de Maupeou est combattue par les esprits dits éclairés défenseurs d’abord de leurs privilèges.

Lorsque en 1774, Louis XVI (1754 – 1793 ) monte sur le trône, il commet l’erreur qui s’avérera fatale en redonnant le droit de remontrance.

Un parallèle audacieux et juste 

Pendant les années 1780, les robes rouges, comme aujourd’hui, interpréteront et invoqueront tant et si bien le respect dû à l’antique loi du royaume qu’ils paralyseront les réformes royales. 

En 1958 Pierre-Henri Teitgen notait: » En France, il n’y a pas de pouvoir judiciaire mais une autorité judiciaire et elle est chargée d’ appliquer la loi. On nous propose de hausser l’autorité judiciaire, de contrôler la constitutionnalité des lois. C’est le gouvernement des Juges. »

En 1971 le Conseil Constitutionnel, dans ce qui s’apparente à un coup d’État judiciaire, se donne le droit de contrôler les lois au regard de grands principes pompeusement appelés le bloc de constitutionnalité.

Un futur déjà écrit ?

Hier les hauts magistrats furent emportés par la tourmente qu’ils contribuèrent largement à créer en offrant le pouvoir aux mélanchonistes d’hier. La gauche révolutionnaire, par la voix de Mirabeau, leur intimât d’obéir à la Nation, beaucoup y perdirent la tête.

L’avenir de la République Française reste à écrire et Jacques de Saint Victor de conclure

« Cette évolution pourrait aboutir à une paralysie de la puissance législative si les juges en faisait une utilisation obtuse, ce qui a déjà pu se vérifier à quelques occasions. Face à ce risque de paralysie de la démocratie, toute la question est de savoir si la « souveraineté nationale » sera à l’avenir assez forte pour s’imposer démocratiquement ou si elle sera aussi faible que la » souveraineté royale » en 1788. Alors la seconde partie de la phrase de François Mitterand pourrait se confirmer. »

Aller plus loin

Lectori salutem, Pikkendorff

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