
» Accuser les autres de nos malheurs est le fait d’un ignorant ; s’en prendre à soi-même est d’un homme qui commence à s’instruire ; n’en accuser ni un autre, ni soi-même est d’un homme parfaitement instruit. »
Enfin un ouvrage offrant les clés de lecture du célèbre Pensées pour moi-même. Simple de lecture, profond d’érudition, il ouvre à l’intelligence du carnet intime de l’empereur Marc Aurèle rédigé pendant dix années passées à guerroyer aux confins de l’Empire : une série de brèves sentences, sans plan ni logique, d’un stoïcien partagé entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, entre le travail sur soi et la philosophie d’une part et l’action politique de l’autre, la première fécondant la seconde. À lire et à relire.
« Ne mets ton plaisir et ton acquiescement qu’en une seule chose : passer d’une action utile à la communauté à une action utile à la communauté, en pensant à Dieu. » V1, 7, p 86
Les 145 pages de la première partie proposent le contexte des Pensées pour moi-même avec une biographie, un développement sur le personnage Marc Aurèle au sens politique et au sens philosophique et une présentation des grandes écoles de pensées grecques.
L’on notera avec intérêt que si la religion romaine est plus une orthopaxie qu’une orthodoxie, elle implique de la part des citoyens une adhésion à cette pratique. Et même s’il existe des parentés profondes entre le stoïcisme et le christianisme, aboutissements de toute la philosophie antique, Marc Aurèle, partagé entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité, a violemment combattu le christianisme pour ce qu’il déstabilisait l’État et non pour son message philosophique.
« Il ne s’agit plus du tout de discourir sur ce que doit être l’homme de bien, mais de l’être. » X , 16, p 147.
Devenu stoïcien, Marc Aurèle, dans son carnet montre la volonté de se tenir droit, de se transformer sans vouloir transformer le monde, de se créer une citadelle intérieure.
Les grandes écoles de philosophie grecques
- L’Académie de Platon (-387),
- un cheminement initiatique vers le Vrai, le Beau et le Bien.
- Le Lycée de Aristote (-335),
- élève de Platon, n’adhère pas à la théorie des Idées, fait de la vie contemplative le sommet de l’activité humaine
- Le Jardin d’Epicure (-306)
- Il n’y a pas de bonheur sans plaisir mais il faut appendre à discerner, à modérer ses plaisirs et préférer les nécessaires et naturels aux superflus (richesse, honneurs, renommée..)
- Le stoïcisme (-301)
- Zénon enseigne sous un portique (Stoa). Le bonheur et le malheur ne résident pas dans les choses en soi mais dans la représentation que nous en avons.
- Autres écoles plus tardives
- Le néo-platonicisme (III siècle à Rome), le Scepticisme et le Cynisme
- Sans oublier les Sophistes qui aujourd’hui comme hier, utilisent la philosophie et la réthorique non pour la recherche de la vérité mais seulement pour convaincre et s’affirmer socialement.
» Accuser les autres de nos malheurs est le fait d’un ignorant ; s’en prendre à soi-même est d’un homme qui commence à s’instruire ; n’en accuser ni un autre, ni soi-même est d’un homme parfaitement instruit. » Manuel d’Épictète, pp 185 et 186
Dans la seconde partie, l’auteur développe en 9 courts chapitres les grands thèmes des Pensées pour moi-même avec comme soubassement les 3 thèmes de l’enseignement d’Epictète, les trois opérations de l’âme
- la discipline des désirs (orexeis)
- la discipline du jugement sur les représentations (phantasia)
- la discipline des impulsions vers l’action (formai)
Ces 3 disciplines sont l’exercice vécu des trois parties de la philosophie stoïcienne : la physique, la logique et l’éthique.
« Songe que tout n’est qu’opinion, et que l’opinion elle-même dépend de toi. Supprime donc ton opinion ; et, comme un vaisseau qui a doublé un cap, tu trouveras mer apaisée, calme complet, golfe sans vague. » XII, 22, p 172
Toutes les citations sont tirées de
Pensées pour moi-même suivi de Manuel d’Épictète, traduction de Mario Meunier, GF Flammarion, 1992
Aller plus loin : La Maison des sagesses
L’auteur a poursuivi son œuvre en créant La Maison des sagesses :Selon les Anciens, le but de la philosophie est de nous apprendre à bien vivre et non à bien discourir. Telle est la vocation de La Maison des sagesses à travers des enseignements en ligne et des séminaires dans un lieu ressourçant en pleine nature. Alors, si l’aventure vous tente, La Maison des sagesses est aussi la vôtre !
Une idée de lecture du Dr Pierre L que je remercie vivement.
Flammarion, novembre 2024, 284 pages, 20,90€
Lectori salutem, Pikkendorff