La mariée portait des bottes jaunes – Katherine Pancol

« Berléac ! Des vignes à perte de vue. Du vert, du jaune, du noir calciné, du pourpre, des vrilles, des sarments, des fleurs, des baies, des herbes. La verdure murmure, le raisin lui répond. »

Intrigues familiales, affaires de cœur, d’argent et de vignes, jalousie et trahison, une tranche de vie de la bourgeoisie terrienne bordelaise, attachée à sa terre et au travail, avec des mystères épaissis par le temps et une ribambelle de personnages si attachants jusque dans leurs défauts que le lecteur regrette de tourner la page 733 laissant apparaître l’inéluctable fin de ce roman virevoltant aux phrases courtes pleines de virgules. Une suite, crie le lecteur, une suite !

Le personnage principal est le château de Berléac planté dans son terroir, ses graviers, ses vignes plantées là depuis deux millénaires et le vin, le grave glorifiant le travail : à couper, à effeuiller, à palisser, à cueillir, à craindre l’orage, la foudre, la grêle, le mildiou

Les personnages centraux, à mon regard, sont

  • Nannie qui a élevé les enfants, qui règne sur les cuisines et la maison et a consacré sa vie au Château, une employée, un membre de la famille, l’âme des murs,
  • les deux enfants laissés par leur mère, Muriel partie à la recherche de l’ombre de Lewis, son mari disparu et décédé : Louiset son esprit curieux et matérialiste, India, plus spirituelle parlant aux arbres, qui vont dynamiter le cœur de pierre de la grand-mère, Aliénor.

Découvrez tout le petit monde gravitant autour des grains de raisin, et vous trouverez d’autres personnages très importants, charmants, déroutants…

« Lewis a raison, ces vins néo-zélandais sont très bien faits, mais ils racontent toujours la même histoire, ils se prolongent de la même manière en bouche, sans aucune surprise. On sait d’avance ce qu’on va boire. C’est un produit. Ce n’est pas une matière vivante qui évolue différemment chaque année… selon le temps, le climat, la terre. Chaque fois que j’en goûte un, je le trouve bon, mais il marche droit comme un petit soldat. Les Néo-Zélandais fabriquent du vin comme les Américains du coca… alors qu’en France, on a nos bonnes et nos mauvaises années, les étés trop chauds ou trop pluvieux, tout ce qui fait l’histoire du vin. »

L’on notera que ces personnages, hormis l’oncle et son ami, lisent les journaux et ne passent pas une minute devant la télévision, les séries ou les réseaux sociaux. En 2010 500 millions de personnes avaient ouvert un compte sur FaceBook.

L’on ne notera point la masse de travail qu’il a fallu à l’auteur pour apporter un tel produit fini avec du vocabulaire spécifique, des connaissances sur les vins, sur le bordelais. Que Madame Pancol soit remerciée de son travail élevant les connaissances de ses lecteurs curieux.

Albin Michel, 2023, 743 pages d’aventures et d’émotions pour un mérité 24€

Lectori salutem, Pikkendorff

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