Simone Weil, un art de vivre par temps de catastrophe – Pascal David

« La réalité de ce monde est la nécessité. La partie de l’homme qui y est située est la partie abandonnée à la nécessité, à la misère du besoin. »

Un magnifique choix de textes de la philosophe Simone Weil concocté par Pascal David pour proposer un art de vivre par temps de catastrophe. Cent cinq pages de grande rigueur et profondeur intellectuelle apportant au lecteur attentif des concepts et des moyens propres à enrichir son existence et sa présence au monde.

Quel est donc ce temps de catastrophe pour Monsieur David
Si pour Pascal David, il s’agit de la catastrophe sanitaire, des catastrophes écologique et
climatique, l’absence d’enracinement local avec l’idéal « everywhere et nowhere » des classes dirigeantes occidentales, de la conception économique du progrès et de l’absence d’ouverture à la beauté du monde. Si vous ne partagez pas pleinement les idées de Monsieur David, des idées qu’il assène avec assurance à l’écrit comme à l’oral, vous lirez, comme je l’ai fait, avec grand intérêt la sélection de textes de Simone Weil et passerez outre la préface et son développement personnel.

Les différents textes sélectionnés par Monsieur David avec citations de Simone Weil

Étude pour une déclaration des obligations envers l’être humain, 1943, Londres

« L’attention orientée en fait hors du monde a seule contact en fait avec la structure essentielle de la nature humaine. Seule elle possède une faculté toujours identique de projeter de la lumière sur un être humain quel qu’il soit. » page 27

« La réalité de ce monde est la nécessité. La partie de l’homme qui y est située est la partie abandonnée à la nécessité, à la misère du besoin. »page 27

Les besoins de l’âmein Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain, 1943, Londres.

« Tout le monde a conscience qu’il y a des cruautés qui portent atteinte à la vie de l’homme sans porter atteinte à son corps. Ce sont celles qui privent l’homme d’une certaine nourriture nécessaire à la vie de l’âme. » Page 39

« Enfin, de par la même durée, la collectivité a ses racines dans le passé. Elle constitue l’unique organe de conservation pour les trésors spirituels amarrés par les morts, l’unique organe de transmission par l’intermédiaire duquel les morts puissent parler aux vivants. »Page 40

Quels sont les besoins de l’âme

« Le premier des besoins de l’âme, celui qui est le plus proche de sa destinée éternelle, c’est l’ordre, c’est à dire un tissu de relations sociales tel que nul ne soit contraint de violer des obligations rigoureuses pour exécuter d’autres obligations. » Page 43

Puis de la page 43 à 72, Simone Weil apporte une explique nécessaire de chacun des besoins de l’âme désignés ainsi:

  1. l’ordre,
  2. le juste milieu (la tempérance),
  3. la liberté,
  4. l’obéissance,
  5. l’initiative et responsabilité,
  6. l’égalité,
  7. la hiérarchie et les symboles,
  8. l’honneur,
  9. le châtiment,
  10. la liberté d’opinion et d’association,
  11. la sécurité,
  12. le risque,
  13. la participation aux biens collectifs,
  14. le besoin de vérité
  15. et enfin l’enracinement, le besoin le plus important et le plus méconnu de l’âme humaine.

Amour de l’ordre du monde,Londres, 1942

« L’amour de l’ordre du monde, de la beauté du monde, est le complément de l’amour du prochain.»page 73

« Se vider de sa fausse divinité, se nier soi-même, renoncer à être en imagination le centre du monde, discerner tous les points du monde comme étant des centres au même titre et le véritable centre comme étant hors du monde, c’est consentir au règne de la nécessité mécanique dans la matière et du libre choix au centre de chaque âme. » Page 75-76

« La beauté du monde n’est pas un attribut de la matière en elle-même. C’est un rapport du monde à notre sensibilité, cette sensibilité qui tient à la structure de notre corps et de notre âme. » p 81.
« Les œuvres d’art qui ne sont pas des reflets justes et purs de la beauté du monde, des ouvertures directes pratiquées sur elle, ne sont pas à proprement parler belles ; elles ne sont pas de premier ordre ; leurs auteurs peuvent avoir beaucoup de talent, mais non pas authentiquement du génie. C’est le cas de beaucoup d’œuvres d’art parmi les plus célèbres et les plus vantées. Tout véritable artiste a eu un contact réel, direct, immédiat avec la beauté du monde, ce contact qui est quelque chose comme un sacrement. » page 87.

« L’âme ne cherche que le contact avec la beauté du monde, ou, à un niveau plus élevé encore, avec Dieu ; mais en même temps elle le fuit. Quand l’âme fuit quelque chose, elle fuit toujours, soit l’horreur de la laideur, soit le contact avec ce qui est vraiment pur. Car tout ce qui est médiocre fuit la lumière ; et dans toutes les âmes, excepté celles qui sont proches de la perfection, il y a une partie médiocre. » Page 94

Et cinq lettres offrant une lecture enrichissante

  • Lettre à Simone Gibert, ancienne élève au Puy en grec 1931-32, datée de mars 1935
  • Deux lettres à Huguette Baur, ancienne élève en français à Roanne en 1933-34, datées de juillet et septembre 40,
  • Deux lettres à Antonio Atarès, réfugié espagnol datées de juillet 41 et printemps 42.

Éditions Peuple libre, 2020, deux parties : 105 et 113 pages, 13€

Lectori salutem, Pikkendorff

Une conférence autour de la pensée et la personne de Simone Weil

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *