Roca Pelada – Edouardo Fernando Varela

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“Une centaine de kilomètres en aval, des deux côtés de la frontière, les immenses taches des salines formaient mettre une autre galaxie dont les reflets défiaient les astres. L’air extrêmement sec et transparent qui crissait au moindre frôlement aplatissait le paysage et plaçait chaque chose sur le même plan en gommant la perspective.” (page 12)

Les Andes. Col de Roca Pelada. 4 980 mètres. À l’est, la Garde-Frontière ; à l’ouest les carabiniers de la Ronde des Confins ; les deux pays gardent une frontière tracée au long de ces cols à 5 000 mètres d’altitude qui ne mènent nulle part ailleurs qu’au ciel ; une géographie indomptée à deux mille mètres à peine sous la ligne de survie façonnant ces habitants, les faisant douter de leur sens en les ouvrant à l’invisible comme ailleurs le désert ou l’océan. Un magnifique roman sur l’être et l’existence, sur la folie des hommes et la beauté de l’inutile : “dans ces parages, il n’y avait plus de hauteurs, seulement des lointains”.

Un voyage immobile loin de nos vies: passez quelques heures avec les lieutenants Costa et Gaitàn, là-haut, à 5 000 mètres à attendre le ravitaillement par train passant sur l’unique ligne de vie, la seule voie ferrée, observez les nouveaux apachetas, sentez les tremblements de terre, repérez les météorites, écoutez sans comprendre les indigènes insulter votre simple présence en quechua ou en aymara, anticipez la prochaine expédition impossible à l’assaut des 6 ou 7 000 mètres. Bonne lecture.

“[…] Costa pensait à l’émotion profonde qui s’emparait de lui chaque fois que l’onde d’une secousse sismique lui parcourait le corps comme une caresse, ces secousses qui étaient le spasme des volcans agonisants. Pendant ces quelques secondes c’était comme si la cordillère et lui ne faisaient qu’un. Il était fasciné lorsque les fines couches de bleu métallique se détachaient des hauteurs et se déposaient l’une sur l’autre jusqu’à former la nuit. À ce moment-là ce déclenchaient au-dessus de sa tête des tempêtes d’étoiles filantes sillonnant l’obscurité qui embrassait l’univers entier. Il n’y avait pas de crépuscule dans l’altiplano, mais un ciel d’un bleu profond qui se changeait en une pénombre brillante […].” (Page 63)

”L’aube et le crépuscule n’existaient pas dans cette altiplano, l’horizon était une ligne crénelée de volcans dans les ombres mordaient la lumière du ciel, et le crépuscule n’était qu’une illusion d’optique. Les extrêmes se touchaient, le soleil aveuglant de la mi-journée virait à l’obscurité et la pleine lune éclairait le paysage avec une puissance diurne.” (page 74)

”Les murs en plein soleil étaient brûlants, mais il suffisait de se mettre à l’ombre pour que la température baisse aussitôt. En quelques mètres on passait d’une chaleur accablante à un froid mordant, ce qui arrivait aussi quand un gros nuage survolait Roca Pelada dans son vagabondage solitaire.”

À propos du Quechua avec l’INALCO (Langues O)
Le quechua compte actuellement environ huit millions de locuteurs répartis dans cinq pays d’Amérique du Sud : Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie et Argentine. Plus de la moitié d’entre eux vivent au Pérou où existe également la plus grande diversité dialectale.

Ce que l’on appelle communément « le quechua » correspond à un ensemble de dialectes assez diversifié, voire à une famille de langues dont la linguistique historique fait remonter la première expansion à la seconde moitié du 1er millénaire ap. J.-C. à partir d’un foyer situé dans le centre-sud du Pérou. On distingue deux grands ensembles dialectaux, habituellement appelés « quechua I » et « quechua II ». Le premier réunit les dialectes parlés dans le centre et le centre-nord du Pérou, tandis que le second englobe les dialectes quechuas de l’Équateur et de la Colombie, au nord, et ceux du sud du Pérou, de la Bolivie et de l’Argentine, au sud.

http://www.inalco.fr/langue/quechua

La traduction de l’espagnol (Argentine) par François Gaudry propose une remarquable expérience de lecture pour les lecteurs francophones.

Si vous avez aimé, découvrez du même auteur Patagonie, route 203 paru en 2020 en compagnie d’un énigmatique saxophoniste parcourant la géographie folle des routes secondaires de la Patagonie en compagnie des vents omniprésents.

Titre original Roca Pelada, paru en 2023 à Buenos Aires en 2023

Métaillié, bibliothèque hispano- américaine, 2023, 346 pages pour un 22,50€ bien mérité.

Lectori salutem, Pikkendorff

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