Bouvines 1214 – Jean d’Aillon

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« Naturellement, l’armée adverse profiterait de l’absence d’opposition vers le sud pour se diriger vers Paris, et nul doute qu’elle ferait partir ses cavaliers en avant-garde afin de se procurer des vivres. La cavalerie française, restée aux aguets, car les enfants de la Gaule combattent à cheval, quitterait alors les abords de Lille et fondrait sur les fantassins teutons demeurés en arrière, des hommes affaiblis par l’absence de nourriture. » (Page 453)

Encore un magnifique roman historique sur fond de lutte entre Philippe Auguste et Jean sans Terre, les frontières de ce qui sera la France se dessinent à coup de haches et de masses depuis le ralliement de la noblesse normande à la bataille de Bouvines où l’Anglois et le Teuton s’allièrent sans succès pour défaire le Franc. Ah ! L’Angleterre ! Cette colonie française qui a mal tournée où l’Anglois est un Normand mâtiné de Saxon.

« Messire, vous devez porter des habits dignes des gens de qualité que vous êtes ! Votre dame doit arborer un bliaud au moins en cendal ou en samit, et vous, une tunique en beau drap écarlate de Gand. » (page 140)

L’histoire commencée en 1187 à Marseille lorsque Guilhem est encore Antoine, un orphelin de treize ans recherché pour meurtre se poursuit encore et encore pour le plus grand bonheur de ses lecteurs qui retrouvent dans les années 1211 – 1214 Guillaume d’Ussel marié à la dangereuse Egélina de Camville mêlés aux affaires du royaume. Que vous ayez ou non lu les volumes précédents n’a aucune importance, le livre est ainsi fait que vous entrerez dans l’histoire sans nulle difficulté.

Les curieux apprécieront comme d’habitude à la fin du volume les quatre pages de Vrais et Faux pour séparer le roman de la fiction. Et oui, Philippe Auguste a enfermé puis repris Ingeburge du Danemark…

Vocabulaire et Lieux

  • Chateau de Rouen : Immense forteresse médiévale construite sur la colline de Bouvreuil par Philippe Auguste en 1204, démantelement en 1591 qui laisse encore à voir le donjon 
  • Château de Baynard : à Londres, sur la Tamise, construit en 1017 la forteresse originale subsista jusqu’en 1213, quand le roi Jean ordonna sa destruction lors des conflits avec le baron Robert Fitzwalter.
  • Fief d’haubert : Fief de chevalier, auto suffisant pour entretenir un chevalier vassal qui était alors équipé de son cheval, sa lance et son haubert.
  • Attrape-coquin : Arme permettant d’attraper un chevalier par le cou pour le faire choir.
  • Corner l’eau : se laver le mains avant de passer à table.
  • Gros tournois : pièce de monnaie d’argent française créée par Saint Louis, troisième fils de Philippe Auguste, en 1266 soit cinquante après Bouvines (page 313)
  • Esterlin : ancienne monnaie d’origine anglaise qui eut cours dans divers pays du continent européen et plus particulièrement en France, au Moyen Âge.
  • Coquefredouille : pauvre hère, un homme sans esprit, » C’était au temps où la France portait des hommes mâles et non des coquefredouilles embéguinés. »
  • Onques Anciennement. Jamais.
  • Crieurs de vin : à l’origine un tavernier soucieux d’attirer les clients, imité par ses collègues, les crieurs se multiplièrent et s’assemblèrent en une confrérie puissante, véritable syndicat de publicité qui eut vite son monopole légal et devint l’ « Office des crieurs de vin », connu déjà sous Philippe 1er, roi des Francs. Au commencement du XIII° siècle, le cri du vin était constitué en fief et Philippe-Auguste l’afferma pour 320 livres par an à la prévôté des marchands. Aussi, les crieurs étaient-ils tenus de payer à celle-ci un droit d’entrée et un denier chaque jour qu’ils criaient (hormis seulement le dimanche, où ils ne devaient rien). Et de se transformer en une Corporation qui subsistât tant et si bien aujourd’hui par la Compagnie des Courtiers en vins de Paris : http://www.courtiersenvinsdeparis.org/historique-de-la-compagnie/
  • Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens : Page 134 Jean d’Aillon met ses mots dans la bouche d’Arnaud Amaury alors que l’on pensait cette histoire au moins soumise à controverse. Cette phrase a été mise tardivement dans la bouche de Arnaud Amaury, légat du pape Innocent III, par le moine Césaire de Heisterbach qui sans avoir été témoin oculaire en témoigne dans son Dialogus Miraculorum, rédigé entre 1219 et 1223 soit plus de dix ans après les faits. En juillet 1209 l’armée de la croisade a été rejointe par une foule de ribauds qui lancèrent l’assaut tandis qu’Arnaud Amaury, à l’instar des autres chevaliers, semblent n’être arrivés dans Béziers qu’à la fin du massacre: https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1996_num_51_1_410836_t1_0156_0000_000

À propos de Jean d’Aillon

Jean d’Aillon est né en 1948 et vit à Aix-en-Provence. Ses principaux personnages sont Louis Fronsac, qui enquête sous la régence d’Anne d’Autriche, Guilhem d’Ussel, un chevalier troubadour au XIIe siècle, Olivier Hauteville, à la fin des Guerres de religion, Edward Holmes, un clerc durant la guerre de cent ans, Robert de L’Aigle, au début du XIVe siècle, Pietro da Sangallo, sous Charles V.

Robert Laffont, 2024, 500 pages, 23€.

Lectori salutem, Pikkendorff

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