Lakota – Caryl Férey

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« Comme nos ancêtres utilisaient chaque partie du bison, on fabrique une voiture avec plein d’autres voitures. La mienne, j’en ai fait une niche pour mon chien… Les choses ne sont importantes que si l’on n’en a besoin ; nos enfants peuvent avoir un vélo, faire un tour avec, puis le poser quelque part pour le passer à quelqu’un d’autre. Les Lakota pensent différemment, mais personne ne nous laisse être qui on est. (page 65)

Une ode triste aux derniers Lakota. Et aussi un thriller sur fond de corruption, de traite humaine et de 400 ans d’incompréhension ou de domination, c’est selon. 
Le corps de Jake Crow Dog est repêché dans le Mississippi. Un suicide pour la police, un drame pour ses enfants, Winona et Duane, qui doutent fortement qu’il soit tombé à l’eau tout seul. En remontant la piste de leur père jusque dans les réserves lakota, ils découvrent leur histoire, celle des Indiens des plaines et des ennemis mortels.

« Des collines écrasées sous le poids de l’aridité s’étendent le long de l’autoroute, vides d’animaux et presque d’humains, quelques fermes au loin et des chemins de traverse qui ne mènent nulle part. Les terres qu’on a laissées aux Lakota. » (page 50)

L’on pourra peut-être regretter un style souvent souvent un peu trop relâché, adapté à notre époque certes mais les écrivains ne devraient-ils pas lever un peu la barre pour ne pas voir le niveau des lecteurs continuer de sombrer…

Reconnaissons aussi l’important travail documentaire et in situ de l’auteur, un investissement bien restitué dont le lecteur se félicite à chaque page tournée.

« Ils luttent pacifiquement. Pas moi… Je ne combats pas de manière pacifique. Winona croise le grand regard trouble du dog soldier et comprend : l’homme qui lui fait face est un tueur. »

Certes l’histoire des USA reste une traînée de sang – côté Anglais et Américains, les Français furent plus accommodants – mais les personnages principaux sont par trop caricaturaux, le Blanc est très vilain tandis que l’Indien est idéalisé. Toutefois des personnages secondaires permettent de nuancer le propos. Mais tout de même l’intrigue est mince, le propos ethnologique hagiographique est envahissant. Mais cette histoire est si douloureuse…

Ces quelques heures en compagnie des Sioux Lakota fait penser aux derniers hommes, les Alakalufs, contés par Jean Raspail dans son Qui se souvient des hommes.

« Si il y a une chose que j’ai comprise chez les Blancs, c’est qu’ils ont toujours une montre dans la tête avec le temps qui défile en dollars. Avec Chayton, on est à l’heure Lakota, en gros quand on est d’humeur à faire ou dire les choses. » ( page 61)

Vu dans le texte

  • Winona : signifie Ceux qui sont unis. L’on retrouve ce prénom dans la série à succès Justified.
  • Sioux : abréviation du nom « Nadouessioux », un exonyme (nom donné par un autre peuple) repris par les explorateurs et commerçants de fourrures français au XVIIe siècle. Les Ils sont l’alliance des Sept Feux et se nomment les Lakota, les Dakotas…
  • Le Chinook (le mangeuse de neige), version américaine du Fœhn alpins qui voit les températures varier de 15 ou 20°C en quelques heures. Record absolu à Pincher Creek (Alberta) en 1996, la température est passée de -23,2 °C à +2,2 °C en une heure.
  • L’occupation d’Alcatraz ( nov1969 – juin 1971) et l’occupation de Wounded Knee ( Fév à mai 1973), lieu symbolique du massacre de 300 Lakota Oglala en 1890, marquent le réveil du combat pour les droits civiques et la modification de la politique du gouvernement américain passant de l’assimilation (fin des Réserves) à l’auto-détermination). 
  • Le dog soldier, le soldat-chien ou Hotamitano, (Shane White Eagle dans le roman), est une société guerrière cheyenne, une élite spirituelle et militaire, sorte de Force Spéciale, qui eut son heure de gloire dans le milieu du XIX ème siècle.
  • Page 259, l’auteur indique avec justesse que les Cheyennes surent préserver leur environnement en empêchant la mise en œuvre de mines de charbon et même en faisant annuler en 1980 les baux miniers déjà signés. Mais d’autres comme les Crow utilisèrent leur sous-sol en allant jusqu’à créer la Crow Energy Corporation en 1993. Certes la fin des mines les mina.
  • Les Black Hills : « On ne vend pas la terre sur laquelle le peuple marche » (Crazy Horse Un conflit depuis 150 ans entre les USA et les Lakota avec trois dimensions majeures : la spoliation d’une terre sacrée ( « Cœur de tout ce qui est » (He Sapa), l’annulation unilatérale par deux fois en 1874 et en 1877 du traité de 1868, une insulte avec l’utilisation du Mont Rushmore pour sculpter des têtes de présidents, l’arrêt de la Cour Suprême en 1980 rendant raison aux Lakota avec une indemnité de $105 millions que les Lakota refusent de toucher. Le fond pèse $2 milliards aujourd’hui mais les Sioux réclament leurs terres.
  • Les chiens de prairie: rongeur fouisseur jouant un rôle écologique majeur. Eliminés à près de 95 % ils sont actuellement protégés dans es Parcs comme les Badlands. Imaginez qu’au XIXème au Texas une colonie de 400 millions d’individus vivaient dans une mégapole souterraine de 64 000 km² soit deux fois la Belgique !
  • Pour ce qui est de l’histoire des Amériques, suivez le conseil de la Procure de Versailles : lisez…..Amérique, continent indigène de Pekka Hämäläinen

Lectures conseillées

Amérique, continent indigène de Pekka Hämäläinen

lien à venir – chronique en cours

TC McLuhan- Pieds nus sur la terre sacrée

« Qu’est-ce que la vie ? C’est l’éclat d’une luciole dans la nuit. C’est le souffle du bison en hiver. C’est la petite ombre qui court dans l’herbe et se perd au couchant. » Les derniers mots de Crowfoot (1821 – 1890), porte-parole des Blackfeet.

John Williams – Butchers crossing

« Tout le troupeau ? Quelle connerie. Qu’est ce que tu cherches à prouver ? Tu ne peux pas flinguer tout les bisons du pays, bordel. »

Extraordinaire voyage dans l’Ouest américain, nature sauvage, bisons, épopée, saloon, bruit de bottes, claquements de fouet…Dès les premières pages John Wayne fait face à Yul Brynner sur la musique d’Ennio Morricone…Captivé, vous ne lâcherez plus le livre pris par la force d’évocation de John Williams.

Eric Vieux de Morzadec – Les généraux français de l’armée confédérée

Bérangère Courant – De pierre et d’os

« Tu es quelqu’un d’étrange, à mi-chemin entre l’homme et la femme, l’orpheline et le chasseur, l’Ours et l’Hermine…Qui sait ce que tu peux encore devenir. »

Dans ce conte poétique, cette épopée Inuit, ce chant d’Uqsuralik, la femme de pierre au caractère d’ours, au nom d’hermine, Bérengère Courant propose une vision poétique du monde sans en cacher sa dure réalité.

Jean Raspail – En canot sur les chemins d’eau du Roi

« Apprenez, mon jeune ami, et retenez une fois pour toute, qu’il n’existe pas de Canadiens français. Il n’y a que des Canadiens, point à la ligne, et c’est nous ! Les autres, ce sont les Anglais, établis par la force chez nous dans un pays qui fonctionnait très bien sans eux depuis cent cinquante ans, un pays déjà exploré, reconnu, administré, dans lequel ils n’ont eu que la peine de s’installer. Ça n’en fait pas pour autant des Canadiens. »

Un grand roman d’aventure sur les traces des engagés du grand portage qui, au XVIIème et XVIIIème, dès la fonte des glaces, embarquaient de Ville-Marie (Montréal), avironnaient par les fleuves, lacs et rivières, portageaient à dos d’hommes marchandises et canots pour remonter les grands rapides, souffraient, martyrisés par les maringouins et les mouches noires et chassés par les Iroquois et les Algonquins.

Jean Raspail – Qui se souvient des hommes

Ils s’appelaient eux-mêmes les Hommes. Ils étaient parvenus à cette extrémité de la terre – qui devait, bien plus tard, être nommée Terre de Feu -, au terme d’une si longue migration qu’ils en avaient perdu la mémoire. Sans cesse poussés par de nouveaux envahisseurs, ils avaient traversé un continent et des millénaires dans l’ignorance et la peur. Ils s’étaient établis là où, semblait-il, nul ne pouvait les rejoindre, tant sont cruels le ciel, la terre et la mer dans cet enfer austral. Ils furent peut-être un peuple ; ils ne furent plus que des clans, puis des familles.

https://www.babelio.com/livres/Raspail-Qui-se-souvient-des-hommes/94687

Caryl Ferey – Zulu

Caryl Ferey – Led

Gallimard, série noire, 2026, 425 pages, 21€

Lectori salutem, Pikkendorff

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