
« Noircies et tordues par les intempéries, les poutres des larges auvents, saillant hors des murs, évoquaient mieux que tout autre signe le lugubre destin de la lignée qui avait vécu sous ce toit. » (page 52)
Une nuit d’octobre, dans une Albanie médiévale, Doruntine apparaît sans prévenir chez sa mère, abandonnant son mari à deux semaines de route de là, et lui déclare avoir voyagé pendant une seule nuit étoilée en compagnie de son frère Konstantin décédé trois ans plus tôt. L’enquête est à peine commencée que mère et fille décèdent brutalement. La rumeur de la résurrection de Konstantin enfle et s’étend jusqu’aux confins de la principauté semant le trouble entre l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe byzantine. D’étrange, l’affaire devient religieuse et donc politique. Les autorités de Constantinople s’agacent. Le capitaine Stres est sur des charbons ardents.
Avec l’histoire de l’Albanie comme toile de fond, cet Agatha Christie des Balkans empli de rumeurs et de légendes, capturera les lecteurs de tout âge.
« Si tôt, après l’enterrement, alors que toute cette histoire semblait avoir pris fin, monta une immense rumeur telle qu’on en avait rarement entendu. Elle se propagea par vague dans les campagnes environnantes, de là poussa plus loin, jusqu’au confins de la principauté, franchit ses frontières et se répandit dans les principautés, et comtés voisins. On eût dit que les nombreuses personnes qui avaient assisté à l’enterrement en avaient emporté des fragments pour les semer dans tout le pays. » (page 64)
À quelle date se déroule ce conte médiéval : 1084 ?
- page 14 : Trois ans auparavant bataille contre les Normands et épidémie de peste
- Il est possible que l’auteur face référence à la confrontation entre Normands et Byzantins à Dyrrachium en 1081 qui vit une épidémie de variole. Les Normands étaient conduit par Robert Guiscard, poursuivant une domination normande qui s’était étendue aux Pouilles, à la Calabre et à la Sicile, où ils avaient défait les Sarrasins en 1071. À noter que Bohémond qui s’y est illustré prendra ensuite part à la croisade qui conduisit à la prise de Jérusalem (1099).
- page 71 : le débat il y a deux ans sur le sexe des anges
- Je n’ai pas trouvé de référence hors une mention lors de l’établissement du second Concile de Nicée (787) pour clore un siècle de débat sur le culte des images et la nature des anges)
- page 75 : Depuis un demi siècle que la principauté autrefois catholique est devenue orthodoxes
- Peut-être cela fait-il référence au schisme de 1054 entre l’église de Rome et les quatre églises orthodoxe (Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie) divisant l’Albanie entre le nord pour la première et le sud pour l’autre.
- Page 79 (et avant), le Monastère des trois croix
- Je n’ai rien trouvé sur ce sujet.
À propos de l’auteur
Ismaïl Kadaré (19136 – 2024) est né en 1936 à Gjirokaster, perle du Sud de l’Albanie qui fut également quelques années plus tôt la ville de naissance du dictateur Enver Hodja.
Considéré comme l’un des plus grands écrivains européens contemporains, son œuvre est traduite dans plus de quarante langues. Qui a ramené Doruntine ? et L’Hiver de la grande solitude figure parmi ses chefs-d’œuvre. Le romancier y décrypte la dimension humaine et métaphysique dans des romans à la marge du conte. En France, il était depuis 1996 membre associé de l’Académie des sciences morales et politiques.
Aller plus loin
- Jusuf Vrioni, le traducteur de Ismail Kadare
- La bataille de Dyrrachium, 1081
- L’expansion normande contre Byzance (XIe-XIIe siècles). Réflexions sur une question toujours ouverte, Presse Universitaire de Caen
- « Pleurer dedans la loi », expression utilisée page 57, est expliqué page 94 de cette thèse The Mythopoetics of Debt:Exploring the Works of Ismail Kadare de Zana Chaka en 2022 à Oxford : The besa itself becomes part of this ritualised mourning and the way in which the dead are mourned in these lamentations as the mourners must ‘“pleurer dedans la loi”’61 [‘“tëqash me ligje”’62]. Their lamentations emphasise, at once, the impermanence of life and the survival of the ancient code of law as they enact it orally.
Zulma, en poche, 2022, (écrit en 1979, 1986 en France pour Arthème Fayard, 1993 pour ses œuvres complètes), 170 pages,
Lectori salutem, Pikkendorff